Le nom Drouin

(Extraits tirés du livre Histoire de Notre Famille de Marcel J. Drouin)

1- L'origine lointaine: Le Roman de Renart

Une source des plus sûres manifeste clairement la présence du nom Drouin au XIIe siècle, donc dès le Moyen Age. Il s'agit du Roman de Renart qui marque les débuts de la littérature française. À cette époque, les troubadours, ou ménestrels, allaient de village en village chanter leur poésie lyrique et courtoise, qu'on appelait « chansons de geste », telle la Chanson de Roland qui célébrait les hauts faits de Roland, neveu de Charlemagne. À ces chansons chevaleresques s'ajoutaient des contes chantés en vers octosyllabiques qu'on appelait « fabliaux ». Ces fabliaux ou récits parfois satiriques ont été écrits vers la fin du XIle siècle (de 1174 à 1200), par des auteurs inconnus à l'exception de Pierre de Saint-Cloud auquel on attribue les plus anciennes branches du Roman de Renart, soit les branches (II et V). Ces récits prêtent aux animaux des noms et caractères humains à la manière des fables d'Ésope que reprendra plus tard le bon Jean de Lafontaine; c'est le cas du Roman de Renart. On y voit Renart le goupil, Ysengrin le loup, Chanteclerc le coq, Tibert le chat, Noble le lion, Brun l'ours et finalement Drouin (Droïn) le moineau. Pauvre Drouin le moineau et ses neuf moinillons que Renart va impitoyablement dévorer.

L'épisode de Drouin le moineau appartient à la branche XI du Roman de Renart, on n'en connaît pas l'auteur. Il aurait été composé entre 1195 et 1200 selon le manuscrit dit de Turin et s'étend des vers 21 460 à 22075. Dans la traduction de Jean Dufournet, on ne trouve qu'un résumé de la branche XI dont je ne citerai qu'un savoureux passage:

Renard remis sur pied, plein de vigueur arrive sous un cerisier dont les branches sont chargées de fruits. Mais comment en manger? Par bonheur, Drouin le moineau est présent qui lui en jette tant et plus, si bien que le Renard demande grâce tant il en a mangé. Drouin, considérant qu'un service rendu n'est jamais perdu, expose à Renard qui a beaucoup voyagé et qui est fort savant, la maladie de ses enfants. Le goupil généreux et reconnaissant propose de les guérir. Comme remède, il ne voit que le baptême, et lui-même n'est-il pas prêtre! Tout s'arrange donc, mais en fait de baptême, il se contente de compléter son repas avec les jeunes moineaux. Drouin s'aperçoit trop tard de la supercherie et sombre dans un profond désespoir, car sa confiance aveugle a coûté la vie à ses enfants. Aussi part-il à la recherche d'un vengeur qu'après bien des échecs, il rencontre dans la personne de Morbout, un chien maigre et efflanqué. Celui-ci accepte de le venger à condition de bien manger pour recouvrer les forces qu'il a perdues au service d'un paysan avare. Les circonstances lui sont favorables puisqu'au bout du chemin arrive une charrette chargée de viande. Drouin feint d'être blessé, occupant ainsi l'attention du charretier qui essaie en vain de le saisir. Morbout en profite pour s'emparer d'un jambon. Du coup, il lui faut également boire. Aucune importance: voici venir un chariot de vin. Cette fois, Drouin se pose sur la tête du cheval et lui picore l'œil; le charretier en voulant assommer le moineau d'un coup de massue, ne réussit qu'à abattre son cheval. Le chariot se renverse, tout le vin se répand. Morbout peut se désaltérer en toute tranquillité. Ses forces recouvrées, il est prêt à affronter Renard; il se met en embuscade et attend que Drouin fasse venir Renard à portée de ses crocs; la tâche du moineau est facilitée par l'avidité du renard à qui Drouin déclare qu'il ne veut pas survivre à ses enfants et qu'il se laissera manger lui aussi. C'est ainsi que, de bond en bond, de saut en saut, il amène Renard auprès de Morbou qui se précipite sur lui au moment venu. Le combat très acharné tourne rapidement à l'avantage du chien qui laisse son adversaire étendu en travers du chemin, à moitié mort. Drouin savoure sa victoire ; après avoir remercié Morbou, il manifeste sa joie devant Renard devenu inoffensif.

À la lecture du texte original cité à la fin de cette partie, on pourra constater qu'il est relativement facile de suivre le sens, malgré de nombreuses expressions qui échappent à ceux qui ignorent les particularités du français de l'époque:

-Baptise-les bien; sois sans crainte, avait répondu le rusé Renard, ils ne souffriront plus de la goutte.

Drouin s'inquiétait de ne plus voir ses fils:

-Renard, dis-moi où sont mes fils? Méchant Renard, tu les as dévorés?

-Tu es fou, répondit Renard, ils se sont envolés. Hélas, ils n'avaient pas encore de plumes.

-Au nom de Dieu, Renard, dis-moi ce que tu as fait de mes fils.

-Eh bien tu veux le savoir? Je les ai dévorés.

Drouin cependant ne s'est pas avoué vaincu; fidèle à l'origine tudesque de son nom qui signifie « combatif », il eut recours à Morbou le bon mâtin qui rejoignit Renard à l'entrée du bois, le renversa à terre, lui caressa de ses dents le ventre, les flancs, les oreilles et lui fit une entaille de plus de trois doigts.

2- À la Cour de Bretagne

Le nom Drouin se retrouve aussi dans l'histoire de France au début du XIVe siècle vers 1306 à la Cour du duché de Bretagne. Hervé Drouin, notaire à la Cour du duché est ennobli par Jean II, duc de Bretagne, sans doute en reconnaissance de ses nombreux services. C'est aussi, à n'en pas douter, à cette époque que remontent les armoiries de la famille Drouin, si l'on en juge par leur composition qui se situe dans la plus pure tradition héraldique tant dans le choix des meubles que des partitions.

3- Les armoiries

Cliquer sur le lien   Armoiries Drouin, la reproduction en couleurs des armoiries de la famille Drouin, dont voici la description héraldique:

D'argent, à six mouchetures d'hermine et de sable, rangées 321, au chef de gueules, chargé de trois coquilles du champ.

Les armoiries portent, sur un champ d'argent, les mouchetures d'hermine propres à la Bretagne et, au chef, les coquilles symboles des pèlerins. Ceux-ci affluant au Mont-Saint-Michel, sur les bords de la mer, rapportaient des coquilles dont ils ornaient leur chapeau. C'était aussi la coutume chez les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne. La coquille est ainsi devenue le symbole du pèlerin. Bien que les Drouin soient originaires de Normandie, aujourd'hui le Perche, leur lointaine origine date de l'Armorique, nom celtique de la Bretagne qui signifie: pays de la mer; dès le Xe siècle, le comte de Rennes, Conan 1er, prit en main le duché de Bretagne. En 1491, la duchesse Anne de Bretagne épousera le roi de France Charles VIII, et la Bretagne sera annexée à la France en 1532.

4- La Normandie au XVIe siècle

Quant à la Normandie, elle doit son nom à l'invasion des Normands (Hommes du Nord) qui, à l'époque carolingienne, venaient par mer de Scandinavie et se nommaient eux-mêmes « Vikings ». Montés sur des flottilles de grandes barques, les « snekkjur », ils débarquèrent à l'entrée des principaux fleuves du royaume franc, après la mort de Charlemagne. Ils déferlèrent ensuite sur les côtes d'Europe et envahirent, au VIIIe siècle, le nord du royaume de France. Charles II le Chauve, petit-fils de Charlemagne par son père Louis le Pieux, dut acheter plusieurs fois leur retraite. En 911, au traité de Saint-Clair-sur-Epte, Charles III le Simple abandonna à leur chef Rollon le pays connu maintenant sous le nom de Normandie d'où les Normands, au XIe siècle, partirent pour conquérir l'Angleterre. Rollon et ses sujets reçurent le baptême et Charles III fut reconnu par eux comme leur suzerain. À cette même époque, les invasions s'arrêtèrent et, le goût des expéditions persistant, certains d'entre eux partirent fonder des principautés dans le sud de l'Italie et en Sicile au XIe et XIIe siècle. Durant la guerre de Cent Ans, la Normandie fut disputée entre Français et Anglais; ces derniers étaient entièrement maîtres du duché en 1420. La France le reconquit de 1436 à 1450, peu après les exploits de Jeanne d'Arc qui, on le sait, fut brûlée vive par les Anglais à Rouen le 30 mai 1430.

Le nom Drouin serait-il d'origine bretonne ou normande? Selon des spécialistes en anthroponymie française, Albert Dauzat et T. Morlet, il serait d'origine germanique; plusieurs narrations du Roman de Renart dont celle de Drouin le moineau ont été inspirées de légendes germaniques, et c'est du verbe tudesque « Drog » qui signifie « combattre » que dérive le nom Drouin en passant par la forme médiévale « Droon » et Droïn. Ici, au Canada, le nom Drouin a souvent pris la forme de Derouin, à cause du langage de certaines parties du pays, la région de la Beauce en particulier, qui intervertit parfois voyelles et consonnes, v.g. une « gernouille » au lieu d'une « grenouille ». Mais ces familles sont toutes descendantes de Robert Drouin.

5- Le Perche

Aujourd'hui, la Normandie, province de l'ancienne France, est formée de cinq départements: le Calvados, la Manche, l'Orne, l'Eure et la Seine-Maritime. L'arrondissement de Mortagne, chef-lieu du Canton de l'Orne, appartient aujourd'hui au département de l'Orne et de l'Eure-et-Loire, situé entre la Normandie d'aujourd'hui et le département du Maine. C'est à Pin-la-Garenne, village du Perche, que vivaient nos ancêtres; Pin-la-Garenne est une petite commune d'environ 600 habitants, sur la route de 15 kilomètres environ qui relie Bellême à Mortagne au Perche, le chef-lieu d'arrondissement, soit à neuf kilomètres de Mortagne et six kilomètres de Bellême. L'église communale est dédiée à saint Barthélémy et la place de l'église porte le nom de Robert Drouin, notre ancêtre. Quant au Perche, la région s'est particulièrement distinguée par l'élevage des chevaux, réputés pour leur force et leur carrure, « les percherons ». De nos jours, on y fait aussi l'élevage bovin, surtout en vue de la production laitière, tradition bien conservée en notre terre canadienne. Au cours de la dernière guerre, la Normandie a été le théâtre de l'invasion alliée en juin 1944, où plusieurs de nos Canadiens ont héroïquement perdu la vie, à Dieppe particulièrement, dans le département de la Seine-Maritime, mais le Perche n'a pas été ravagé, bien qu'il ait perdu plusieurs de ses fils enrôlés dans l'Armée française.

 

6- Pin-la-Garenne

Michel Ganivet, auteur des Cahiers percherons, au N° 49 (1er trimestre 1976), fait l'historique du Pin. Les premiers seigneurs du Pin remontent au XIe et XIIe siècle. Le premier document authentique concernant la paroisse du Pin se retrouve dans la cartulaire de l'abbaye de Marmoutier située près de Tours, dont dépendait le monastère de Saint-Martin du Vieux Bellême. Ce document antérieur à 1064 fait foi de la donation par Gautier du Pin de la moitié de l'église aux moines de Saint- Martin, Dans ce petit village du Pin, dont la population compte environ 600 habitants, on retrouve les vestiges du château des seigneurs du Pin, le château de la Pelonnière, où plutôt ce qu'il en reste; un manoir avec sa tourelle octogonale datant du XVIe siècle, à laquelle on ajouta au XVIIe siècle une aile de style classique. Au siècle suivant on y ajouta une tour crénelée. Le entouré de fossés asséchés, vestiges des invasions anglaises.

L'église du Pin, issue d'une chapelle construite par Geoffroy de Courtrhill, était à l'origine sous le patronage de saint Ouen; au XVIe siècle elle était passée sous le patronage de saint Barthélémy du Pin. Vers la fin du XVIIIe siècle, Jean-Baptiste Patu de Saint-Vincent y ajouta la chapelle Saint-Louis. Son fils Cyrille-Jules y fera quelques additions importantes au début du XXe siècle. Au-dessus du baptistère on trouve la plaque rappelant le baptême de Robert Drouin, ancêtre de tous les Drouin du Canada, le 6 août 1607. Un retable, illustrant la mise au tombeau et datant de 1513, orne l'autel des combattants et porte l'inscription suivante: L'an mil Ve et treise Jehan de Franqueville pair de France a fait faire cette contretable, autel et nuage.

Quant au village, ses rues étroites et ses maisons bâties dans un style d'époque, la beauté de ses arbres et la propreté de l'ensemble lui donnent un caractère paisible et chaleureux, où il fait bon vivre.