Robert Drouin, Père
(Extraits tirés du livre Histoire de Notre Famille de Marcel J. Drouin)
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1- Les Tuileries au Perche Bien que la ligne directe ancestrale, cela se conçoit, remonte au-delà des ancêtres connus, il est quand même remarquable que nous ayons le privilège de remonter jusque vers le milieu du XVIe siècle dans l'élaboration de notre généalogie, soit au temps de la Renaissance. Il est particulièrement intéressant pour notre famille d'accéder de fils en père, donc en ligne directe, jusque vers les années 1550 ou 1560. Nous savons, par le plus ancien document conservé aux archives du département de l'Orne, sous la cote 1 G 1342 et datant du 7 mai 1544, que de 1551 à 1563, Jehan Drouin et Pierre Drouin, tous les deux charpentiers et tuiliers de leur métier, ont vendu tuiles et pavés pour la réfection du clocher de l'église paroissiale de Saint-Barthélémy à Pin-la-Garenne. En 1552 et 1553, Pierre a travaillé à la charpente de l'église. On ne sait s'ils étaient frères, ce qui est plus que probable, mais ils devaient sans doute avoir quelque relation de parenté, sinon de paternité, avec les générations qui suivent et qui, on le verra, exerceront le même métier. A la même époque, on connaît aussi l'existence d'une Jeanne Drouin, mariée à Charles Moyne ou LeMoyne, tuilier lui aussi, et dont les enfants sont nés bien avant 1595. Les Drouin, à l'instar des LeMoyne, auxquels ils étaient apparentés par Jeanne Drouin, la tante de Robert, étaient aussi tuiliers de père en fils. Ils vivaient dans le cadre féodal et, en principe, devaient payer leurs rentes au prieuré de Chenagallon, à moins d'être propriétaires d'un franc fief ou collecteurs d'impôts, ce qui semble avoir été le cas de Robert, car Robert a joué ce rôle en 1610 puis en 1614. Parlant de Robert Drouin, notre ancêtre, madame Pierre Montagne, auteur de Robert Drouin et son cousin Barthélémy Lemoyne dit ceci: « Il n'est pas de percheron ayant choisi la Nouvelle-France sur qui nous ayons autant de documents que sur Robert Drouin et par conséquent sur son cousin et compagnon de voyage Barthélémy Lemoyne. » 2- Robert et Marie Dubois C'est donc vers le milieu du XVIe siècle que Robert, père de notre premier ancêtre qui d'ailleurs portera son nom, va marquer avec certitude le début de la ligne directe connue. On sait que Pierre était marié et que sa femme est décédée en 1550. Robert, père de notre ancêtre, était-il le fils ou le petit-fils de Jehan ou de Pierre? On n'a aucune indication à cet effet bien que cela soit plus que plausible, vu le métier de tuilier qu’il dut apprendre de son père. Jehan et Pierre étaient sensiblement du même âge; on sait que Pierre est devenu veuf en 1550; quant à Jehan nous ignorons tout de lui si ce n'est qu’il fut tuilier et associé de Pierre. Il semble plutôt que Robert et ses frères appartenaient à la troisième génération. C'est dire que Robert a dû naître entre 1550 et 1560. Si l'on suppose que Robert s'est marié dans la vingtaine, cela reporte son premier mariage vers 1585 avec Vincente Rouelle dont il eut un fils, Antoine; comme on sait, d'autre part, qu’il s'est remarié à Marie Dubois en 1594 et a donné naissance à neuf enfants avec sa deuxième épouse, puis qu’il est mort en1617, il n'est pas impossible qu’il soit né vers 1550, et peut-être avant, ce qui lui donnerait à tout le moins 67 ans à sa mort. Ainsi, l'on peut raisonnablement dire que nous pouvons remonter en ligne directe jusqu’à l'époque de la Renaissance. Le premier ancêtre connu en ligne directe serait donc né sous le règne de Henri Il et il a vécu sous Charles lX, Henri III, Henri IV et serait mort sous le règne de Louis XIII. C'était aussi, au niveau de la littérature, l'époque de Ronsard, Malherbe, Montaigne et Du Bellay. Du point de vue spirituel, Robert et Marie Dubois relevaient de la paroisse Saint-Barthélémy et du diocèse de Séez dont les évêques furent successivement, vers la fin de cette époque: Claude le Moulinet (1601-1604), Jean Béchaut (1606-1611) et Jacques Suarez (1611-1614). Plusieurs papes se sont succédés de 1550 à 1617; disons seulement que Robert serait né sous le pontificat de Jules III et serait mort sous le règne de Paul V. 3- La famille de Robert au Perche On connaît ses frères et sœurs, conséquemment les oncles et les tantes de ROBERT son fils. Robert, le père de notre ancêtre, avait quatre frères: Oudard, Antoine, dit le Taillis, Julien et Yves, et trois soeurs: Michèle, Geneviève et Jeanne. On connaît peu de choses de son enfance, si ce n'est qu’il apprit le métier de famille, celui de tuilier. Il s'est marié d'abord à Vincente Rouelle qui lui a donné un fils, Antoine. Après le décès de sa femme, il épousa Marie Dubois de Saint-Denys-sur-Huines, vers la fin de 1594 ou le début de 1595. Elle lui donna dix enfants: Jacques, l’aîné, dont on ignore la date de naissance et qui demeurera célibataire. Il est à noter que les registres de Saint-Barthélémy du Pin ne débutent qu’en 1595. Le deuxième enfant à naître fut Jehan, baptisé le 29 mai 1597; après lui, Michel, le 7 février 1600;
Jacqueline, le 18 mai 1601; Roberte, le 17 juin 1602; Barthélémy, le 24 août 1603; Roze, le 4 décembre 1605; ROBERT, le futur Canadien, le 6 août 1607; Hilaire, le 23 février 1610 et Marie, le 5 décembre 1611. Cinq de ces enfants sont morts en bas âge: Jehan, Jacqueline, Roberte, Roze et Marie.
4- Robert, père, à Pin-la-Garenne Dès les premiers temps de son mariage avec Marie Dubois, Robert habita d'abord avec sa famille à Laillotière, aujourd'hui L'Aillotières, où il possédait d'assez grandes terres. Mais comme il était propriétaire d'une tuilerie à Jugué, un peu avant la naissance de son fils Robert, soit en janvier 1607, il installa sa famille à Jugué, là où était la tuilerie. Il faut dire que tous ces lieux font partie du territoire de Pin-la-Garenne, dans le Perche. Le Perche est le nom d'une ancienne province de France, située au sud de la Normandie. C'était la coutume de donner un nom à tous les lieux ou pièces de terre. Ces noms étaient toujours mentionnés dans les contrats et tenaient lieu d'adresse. Il est à noter que la maison de Robert Drouin existe encore de nos jours, ayant conservé son nom de « Tuileries ». Elle est maintenant habitée par un homonyme du cardinal de Richelieu, un monsieur Duplessis qui a admirablement restauré la maison et y accueille encore avec plaisir les Drouin du Canada ; il conserve un livre d’or où il inscrit le nom de ses visiteurs.
5- Sa personnalité À la fois, tuilier et cultivateur, Robert, le père de notre ancêtre, avait la réputation d'excellent menuisier, comme en font foi les nombreux contrats de menuiserie qu’il a effectués. Robert était aussi un excellent chrétien, très attaché à sa paroisse, comme on peut le constater par des actes tant paroissiaux que notariaux. En effet, le vendredi avant-midi 21 août 1609, se sentant gravement malade, il fait rédiger son testament par maître Poitevin. Ce testament est presque tout entier consacré aux prières qu'il réclamait pour le repos de son âme. En voici quelques extraits: Premièrement, a recommandé son âme à Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, à la glorieuse Vierge Marie, à Monsieur Saint Michel ange et archange, à Messieurs Saint Pierre et Saint Pol, à Mr Saint Jean-Baptiste, à Mr Saint Jean l'Évangéliste, à Mr Saint Barthélémy, son patron, à Marie Magdelaine, à Madame Sainte Barbe et tous les saints et saintes du paradis, priant Dieu le Créateur, par le mérite de la mort et passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ son Fils, avoir pitié de son âme et lui donner sa paix et sa bénédiction. Item, a requis après que Dieu aura fait son commandement de luy, son corps être inhumé en l'église Saint Barthélémy du Pin, lui estre fait dit et célébré des services solennellement tant à ses obsèques et funérailles que par après, ainsi qu'il appartient et que sa qualité et condition le porte desquels il laisse sa veuve et ses héritiers chargés. Item, que toutes les bonnes fêtes solennelles et dimanches de pardon et tel jour qu'il sera décédé soit faite la prière pour son âme par le Curé ou vicaire du Pin et que, à tel jour qu'il sera décédé lui soit tous les ans à perpétuité et toujours mais dit une messe par le dit Sieur Curé ou son vicaire en la dite église du Pin et un Libera sur sa fosse... etc. Suivent les sommes laissées pour acquit- ter tous les frais encourus par la paroisse. Cependant, bientôt rétabli, sans se départir de la tuilerie, où ses fils travaillaient, il se fit plutôt laboureur, le métier de tuilier étant peut-être trop dur pour lui; mais le besoin d'argent lui fit reprendre assez tôt le métier de tuilier. En 1613, le 23 janvier, il vend à Jean Boucher 12 000 pavés et 2 000 tuiles. Demeurant toujours à Jugué, il s'intéresse aussi à la menuiserie. Mais le 26 avril 1615, on le retrouve avec sa famille sur la métairie de Blavo, louée de Gaspard et François de Loysel, sieurs Du Plessis et De Blavo, au nom de leur mère. Le 20 novembre 1616, Robert vendait à sa belle-soeur des terres sises dans la Mesnagerie, à Saint-Denys-sur-Huines. C'est le dernier contrat connu de Robert. Il semble qu'il soit décédé entre cette date et le 21 février 1617, où Marie Dubois son épouse se retrouve veuve. 6- Son épouse: Marie Dubois ROBERT, fils, avait alors 10 ans. Après la mort de son père, il demeure encore avec sa mère Marie Dubois et ses quatre frères, Jacques, 21 ans, Michel, 17 ans, Barthélémy, 14 ans, et Hilaire, 7 ans. ROBERT, fils, est en somme, l'avant-dernier de cette nombreuse famille. Marie, en véritable femme d'affaires, essaye de tirer partie de la tuilerie. De Blavo, elle revient avec sa famille à Jugué, là où se trouve la tuilerie. Elle s'efforce de donner à ses fils une formation de tuiliers, afin de protéger l'héritage paternel. Sa première préoccupation fut de rembourser les dettes contractées du vivant de son mari, ce qu'elle fit avec une adresse consommée. Elle loua d'abord à son beau-frère Oudard un fourneau et une tuilerie pour 118 livres, mais avec choix de retrait sur paiement de la dite somme. Avec le consentement d'Oudard, son beau-frère, elle pouvait continuer d'utiliser la tuilerie avec ses fils Jacques et Michel, dans le but de leur apprendre le métier. Le 2 janvier 1620, par un ensemble de transactions avec Jeanne Chastaigner qui avait acheté d'Oudard le droit de retrait, Marie et ses deux fils reprenaient possession de la tuilerie, du fourneau et de la terre. Les jeunes Drouin, Jacques, Michel et Barthélémy ne dédaignaient pas cultiver la terre; le 3 juillet 1622, ils louaient un lot de terre de Barthélémy Moyne pour y faire de la culture. Mais vers 1625, Barthélémy Drouin, fils de Robert, qui est arrivé à sa maturité et qui s'est marié, insiste pour que sa mère fasse le partage des biens. Devant le refus de sa mère, il l'assigne à comparaître devant le vicomte du Perche, le 14 février 1625. Le partage des biens meubles se fait; la mère, ayant la garde des deux enfants mineurs, Robert et Hilaire, voit à protéger leur héritage. Deux ans plus tard, soit le 18 février 1627, on procède au partage des immeubles. Jacques étant décédé, le partage se fait en quatre lots « maisons héritages et choses héritaux », soit une maison manable à four et à cheminée, sise au lieu de Jugué, une chambre joignant la dite maison et une grange joignant la chambre précédente; le clos de Chenevière « sis derrière la dite maison »; la « Thuilerye » ou Halle à tuiles, avec un fourneau dépendant de la dite Thuilerye; la pièce de terre où la dite Thuilerye est assise; et un petit jardin joignant d'une part Antoine Drouin, l'aîné, et la terre de la Vaissière d'autre part. Marie Dubois se réserve, sa vie durant, la jouissance des deux maisons, de même que le jardin et le clos sis derrière; la jouissance de ces biens pouvait être transmise à celui de ses enfants qu'il lui plairait, celui- ci étant tenu d'accepter et de nourrir et entretenir sa mère aussi longtemps qu'elle voudrait, se réservant la liberté d'aller où elle voudrait. On ne partagea pas cependant les cinq boisseaux de terre de l'Étang barré ni la pièce appelée « Les Pierriers », cela devant servir une fois vendus à payer les dettes restantes. Les enfants décidèrent de garder leur mère à tour de rôle. Le 18 janvier 1628, Michel prit sur lui ces engagements que Barthélémy avait assumés les mois précédents, celui-ci lui remettant par la même occasion les meubles de Marie Dubois. Au 10 novembre 1630, Marie était décédée. |